Vivre et mentir à Téhéran : Traduit de l'anglais par Cécile Dutheil de la Rochère (La cosmopolite)

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Vivre et mentir à Téhéran : Traduit de l'anglais par Cécile Dutheil de la Rochère (La cosmopolite) Details

« Quiconque veut vivre à Téhéran est obligé de mentir. La morale n’entre pas en ligne de compte : mentir à Téhéran est une question de survie. »Ramita Navai explore les secrets de la ville à travers la double vie de ses habitants. Sur l’avenue Vali Asr, on rencontre Dariush, un terroriste repenti ; Farideh, une femme divorcée ; Bijan, un trafiquant d’armes ; Leyla, une actrice porno ou encore Somayeh, une jeune fille amoureuse d’un play-boy. Des individus ordinaires, forcés de mener des existences extraordinaires sous un des régimes les plus répressifs au monde. Dans la tradition du meilleur journalisme littéraire, Ramita Navai compose le portrait intime et saisissant d’un Iran tiraillé entre tradition et modernité.

Reviews

Née en Iran le 21 juillet 1971, fille d??un officier de l??armée du shah, Ramita Navai est une journaliste qui vit en Angleterre. Elle a été correspondante à Téhéran du journal The Times de 2003 à 2006. Elle a publié en anglais ce livre [titre original : City of Lies: Love, Sex, Death, and the Search for Truth in Tehran], son premier, en 2014. Chaque récit est centré sur un personnage différent et le tout se présente comme un portrait de la capitale iranienne et de ses habitants, un peu aussi comme une introduction à l??histoire contemporaine de ce pays (on comprend mieux, en le lisant, sur quels ressorts jouent ses dirigeants en parlant à leur peuple). L??un des liens entre ces textes est l??avenue Vali Asr, qui s??étend du nord au sud de la ville et en concentre toutes les contradictions et les mirages. L??autre lien entre les parties du livre, c??est le motif du mensonge, car, ainsi que le titre l??indique, tout le monde ment à Téhéran pour préserver les apparences, garantir sa tranquillité, éviter les ennuis, tout en essayant de vivre sa vie. Ramita Navai nous présente une société censée exiger de chacun piété, pudeur et chasteté et où fleurissent tartufferie, trafics douteux et activités clandestines.On pourrait penser du « journalisme littéraire » qu??on y perd sur les deux tableaux, en précision de l??information puisque les situations sont romancées, et en qualité d??écriture puisque ce n??est « que » du journalisme. Mais Ramita Navai nous offre avec « Amir » un récit remarquablement composé avec ses allers et retours entre le passé de la révolution islamique et le présent de la contestation politique (le présent de 2009). Elle manifeste un don indéniable pour, par exemple, peindre une jeune iranienne coquette sous son tchador, pour nous faire partager ses espoirs devant la vie (elle aimerait faire des études supérieures), ses attentes vis-à-vis de son fiancé, le conflit entre la sincérité de sa piété et l??intensité de ses désirs (« Somayeh »). Le livre décrit tout une gamme de profiteurs, d??hypocrites, de représentants de la jeunesse dorée qui vivent dans un monde parallèle où ils violent les règles en toute impunité ; il décrit un monde de citoyens ordinaires, d??épouses désabusées, de maris méprisables, de brutes chargées de la police des m?urs et de la répression politique, de jeunes gens éduqués qui aspirent à une autre vie. Bourreaux et victimes se croisent sans toujours se voir et en essayant parfois, bien trop tard, de se comprendre. Au bout de quelques dizaines de pages, c??est comme si nous avions déjà passé du temps dans cette ville que nous ne verrons sans doute jamais pour la plupart d??entre nous.A travers l??histoire de Leyla, descente en enfer d??une beauté qui craint bien plus la colère de Dieu que la méchanceté des hommes, nous saurons quels châtiments attendent en Iran celles qui font commerce de leur corps.La dernière histoire est celle d??une femme très aisée qui finalement, fera un choix dicté par l??amour de son pays.Un critique britannique a relevé qu??on pourrait évoquer le paradoxe d??Epiménide le Crétois à propos de ce livre : si tous les téhéranais mentent, et que Ramita Navai est née à Téhéran, ne ment-elle pas, elle aussi ? Certes, on pourra débattre des choix de City of lies et de l??exemplarité des cas que le livre isole et retient. Mais le talent de Ramita Navai, qui indique précisément à la fin d??où viennent les histoires qui nous sont contées, nous rappelle en fait quel est le pouvoir unique de la fiction lorsqu??il s??agit de dire comment est le monde.

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